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Lettres du Monde - Chine - Paul Blanqué
Des " Zhong zi " pour l'âme du poète…
Peuplade antique du territoire des Trois Gorges… Exorcisme… Purification… Bien que certains considèrent la fête du Duanwu consacrée au culte du dragon, une autre tradition vient renforcer cette légende.
 

Le " Duanwu ",(Duan wu jie) encore nommé " fête du double cinq ", se perpétue depuis des millénaires malgré une origine quelque peu énigmatique. Aujourd'hui, c'est l'une des trois plus importantes fêtes traditionnelles de Chine derrière la fête du " Printemps " et la fête de la " Lune " mi-automne. Comme bien d'autres fêtes chinoises, elle donne l'occasion de se réunir en famille ou entre amis. Toutefois, un détail important la distingue des autres : le cinquième jour de la cinquième lune, le zongzi (zhong zi) et le vin mêlé à de l'arsenic rouge sont à l'honneur.
Le culte du dragon
Une légende murmure qu'une peuplade antique du territoire des Trois Gorges, en Chine, vénérait le dragon. Cette tribu se considérait comme les descendants de l'animal et chacun se tatouait le corps afin d'en prendre l'apparence. Le jour du " Duanwu ", détail moins captivant, le peuple " Wuyue " se livrait à des sacrifices en hommage à leur maître. Durant cette journée, l'eau de pluie, considérée comme une eau bénie par le dragon céleste, était recueillie afin de se prémunire des catastrophes et des maladies. Plus tard, le tatouage humain disparut au bénéfice de peintures apposées sur le flanc de leur barque : une peinture illustrant le dragon ; leur Maître !
Exorciser les démons
Moins loin de nous, ce cinquième jour de la cinquième lune, considéré comme le plus nocif, s'affirmait le jour du " poison ". Le rite imposait d'expulser ses pestilences et ses miasmes. Alors, le jour du " Duanwu ", à l'instant où la nature exulte, ils hachaient de l'armoise, du saule, du jonc… De cette décoction suivait le bain ; un bain purificateur. Pour chasser les mauvais esprits, ils accrochaient aux fenêtres des habitations " l'épée d'eau " des tiges d'armoise et de jonc odoriférant et buvaient comme antidote du vin au réalgar : un mélange de vin et de sulfure rouge d'arsenic. Une potion qui, prise en petite quantité, serait non seulement inoffensive, mais posséderait des qualités antiépidémiques et stérilisantes. Pour la même raison, ils suspendaient au cou des enfants trop jeunes pour boire le vin au réalgar, des bourses emplies de plantes aromatiques et médicinales dont la propriété olfactive apportait une action stimulante sur l'esprit et le corps. Pour les plus petits, les parents, sensibles au devenir de leur progéniture, inscrivaient sur le front des enfants le mot " Wand " (Roi) du bout d'un doigt trempé dans le vin. Le dernier geste du cérémonial imposait de verser le reste du breuvage aux coins des murs de l'habitation afin de détruire les insectes venimeux et les mauvais esprits (N'oublions pas que les angles sont, dans la culture asiatique, les endroits privilégiés des esprits mauvais).
 Qu Yuan
Qu Yuan
Cependant, bien que certains considèrent cette Fête du Duanwu consacrée au culte du dragon, une autre tradition vient renforcer cette légende. En effet, cette coutume qui se transmit de génération en génération et traversa les âges serait la commémoration de la mort de Qu Yuan, grand poète patriote de la Chine antique et ministre du roi Huai de Chu. Face à la décadence de l'état Chu, Qu Yuan s'était élevé face à son souverain, lui proposant une autre politique. Mais calomnié, il tomba en disgrâce et fut envoyé en exil durant vingt années. De cet exil, il exprima sa douleur dans des poèmes : Li Sao (Nostalgie), Tian Wen (Interrogation posée au Ciel) et Jiu Ge (Chants aux sacrifiés). Lorsque l'armée du royaume de Qin s'empara de la capitale de Chu, désespéré, l'homme se suicida en se jetant dans la rivière Miluo le 5° jour du 5° mois lunaire.
À la nouvelle, les habitants des deux rives s'empressèrent dans leurs barques. Pour protéger le malheureux des dragons de la rivière, ils tambourinaient, frappaient furieusement l'eau de leurs pagaies, jetaient des grains de riz pour éloigner les poissons... Mais leurs efforts demeuraient infructueux. Les monstres en voulaient à la dépouille du poète.  Le traditionnel zongzi Des témoins lancèrent du riz enveloppé dans des feuilles de roseau, tandis qu'un vieux médecin versait du vin de riz afin de soûler les animaux aquatiques… Les monstres éloignèrent. Mais le corps resta introuvable. On dit qu'une carpe d'or, envoûtée par l'esprit de Qu Yuan, le prit sur son dos et l'emporta vers sa ville natale : Zigui, située à la sortie de la gorge de Xiling. Aujourd'hui, malgré sa mort, l'esprit de Qu Yuan vit toujours dans le cœur des Chinois. C'est en mémoire de ce poète patriote que chaque année la tradition se perpétue au solstice d'été, le 5e jour du 5e mois du calendrier lunaire. Au petit matin, ils se rassemblent le long des cours d'eau avec le fameux " zongzi " : un gâteau de forme pyramidale composé de riz glutineux enveloppé d'une feuille de roseau ou de bambou, et cuit dans de l'eau chaude. Alors, comme le veut la tradition, en mémoire du poète disparu, ils jettent le " zongzi " dans l'eau de la rivière afin d'attirer et nourrir les poissons, dragons et autres mauvais esprits. Pour que ces derniers se tiennent à l'écart de l'âme du poète !

Un gage d'amitié
Aujourd'hui, la fête du " Duanwu " s'est répandue dans le monde entier grâce à ses célèbres courses de bateaux-dragons (long zhou). Cette manifestation populaire met en compétition des dizaines d'embarcations personnifiant un dragon. Ces dernières, chamarrées de rouge, jaune, blanc et de noir, ont une trentaine de mètres de long et emportent chacune un équipage de dix rameurs.
C'est après une cérémonie en l'honneur du roi dragon que la course est lancée. Drapeaux multicolores, roulements de tambours, cadence effrénée au rythme des percussions, encouragements des spectateurs massés sur les berges, tout y est populaire et passionné.
Si le hasard du chemin vous conduit en Chine le cinquième jour de la cinquième lune, n'oubliez pas que cette fête est habituellement marquée par de très violents orages accompagnés de fortes pluies, appelées les " Eaux du Duan Wu ". Sinon, ne manquez pas de vous munir du traditionnel " zongzi ". Car durant cette fête du " double 5 ", si les Chinois s'expriment en mémoire du poète disparu, ils adorent également recevoir et déguster une des nombreuses variétés de ce gâteau pas comme les autres : un gage d'amitié !

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