Bienvenue hors de nos repères, hors de notre quotidien
Lettres du Monde - Asie - Paul Blanqué
Venue de nulle part
Son regard nous contait la vie et la mort, le bonheur d'être humain.
Alors, des animaux, l'esprit, les cercles de l'enfer et l'empire des titans, tout ce qui se distingue à l'intérieur de la roue de la vie se révéla.
  Comme un mirage
La magie serpentait le long des vallées et des gorges. L'ascension du col Ganda-Ia se poursuivait, pénible. Les mètres s'additionnaient aux autres, unité après unité, cumulant plus de mille trois cents unités de dénivelé depuis notre départ. Une progression déraisonnable, confirmant ce que nos pauvres organismes enduraient.
Mille trois cents mètres en deux jours sur un parcours de quelque vingt-cinq kilomètres ! La solitude nous absorbait, ingérait nos squelettes dispersés par le festin de cette immensité minérale nous coupant le souffle. Soudain, au détour du sentier dont la raideur nous imposait de reprochables arrêts, l'humain se présenta à nous, comme un mirage, enthousiasme le marcheur du désert. Elle était là. Assise sur son rocher ? Là ! Femme venue de nulle part où rien, pas même une construction, n'aurait pu justifier sa présence. Mais que faisait-elle en cet endroit ? Ainsi posée, collée sur son minéral, scotchée à son environnement. Là, seule, assise sur son morceau de roche lui offrant l'hospitalité. Tout son être rayonnait. Il exhalait le bonheur ce visage féminin marqué, buriné par le temps, tel un masque de carnaval confectionné de cette matière étrangement humaine. Ses rides, profondément marquées, surprenaient tant par leur sensibilité que par le réalisme d'un vécu incrusté dans sa chair. Il évoquait à lui seul la joie du savoir, toutes ces petites choses impalpables qui illuminent une vie consommée dans la connaissance de l'autre et de soi.

À deux jours de marche
L'heure du thé ! Rien ne saurait remplacer cet instant, ce privilège, ce moment où le temps perd toute notion humaine. Tout dans son comportement s'harmonisait avec la solitude de l'endroit. Dans son regard à demi voilé, dans ces yeux où il était impossible de distinguer la couleur de l'iris, la flamme de la passion pour l'existence brillait de mille feux. Elle contait la vie, la mort et le bonheur d'être humain. Car elle se défendait, dans son regard de femme seule, du trésor d'être et d'appartenir à ce que toutes les nations industrialisées rejettent ! J'aurais aimé qu'elle nous parle, qu'elle commente la vie, la sienne ! Qu'elle s'associe à ce que nous maudissions, là, juste avant son apparition. Non pas qu'elle justifie sa présence, mais qu'elle explique sa vision, qu'elle nous alimente de son opinion, de son savoir... Dans son silence, je ressentais mon illettrisme, mon horrible incohérence de m'être ainsi ingéré dans un peuple sans en avoir appris le minimum vital: le langage. Violé ! Mon âme vibrait. Et mon ignorance rejetait à ma face toute l'incompétence de ma démarche. Mes larmes inondaient mon intimité. Et je sus que jamais je ne saurais.
Sur un feu de fortune
La femme Ladakhie s'affairait à la préparation de son thé, attentive à notre présence, vigilante à son breuvage frémissant sur un feu de fortune. Tout à fait aimablement, consciente de ce que représentait notre présence en ces lieux austères, elle accepta d'être fixée sur la pellicule. Ce réflexe touristique m'exaspéra. Nous la remerciâmes avec empressement, mais le mal était fait. Ce témoignage était-il à ce point nécessaire ? Rien, dans notre banal comportement, ne sembla l'irriter. Je pensai à ce livre, à ce qu'il nourrirait dans le comportement d'autrui. Elle ne répondit que par un silence. A aucun moment d'ailleurs elle n'exprima le
moindre son. Pour toute réponse, son visage se ponctuait de hochements de tête. Des silences pleins de sollicitude, de signes muets qui en disaient long, bavards... Elle... Nous... Et si cela résumait la tolérance ?
Je repris la route avec des relents acides dans le coeur. Elle leva la tête. Je marchais à reculons. Elle s'affairait à son infusion. Nous étions à deux journées de marche du premier lieu civilisé. Et sur la caillasse de la piste, j'entendis la bise des hauts sommets siffler entre mes oreilles.

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