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« Sur les pistes du petit Tibet »
De paysages sublimes en monastère illuminés d'une séculaire noblesse, Paul Blanqué nous emmène avec sincérité et humilité sur le chemin de la vie. Roman d'un voyage vécu.
 
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Retour accueil... SNIF !


I


Enfin, "Kamikaze" bifurqua sur la droite. Nous quittions cette sordide ligne bitumée d'Ambala pour nous enfoncer dans les terres. Un virage à quatre-vingt-dix degrés. Un changement de cap nous soustrayant des folies macabres de l'activité routière, pour nous mener vers notre objectif : la ville de Leh.
L'environnement muait. Il délaissait ses exubérances citadines pour nous engloutir dans une rigueur campagnarde. L'éclosion des couleurs, des parfums, le spectacle surtout, tout se diluait dans notre émotionnel en une sorte de saveur jouissive. Une exhalaison aussi agréable que celle de l'automne. D'autant que cette dernière étreignait depuis toujours nos fibres sensorielles. Valérie, Julien ou Philippe, chacun savourait l'instant comme une révélation, une extase, une délivrance.
Doucement, absorbée par une végétation capricieuse, une piste se substitua à la route et la terre à l'asphalte. La piste rapetissait, se détériorait. Elle rétrécissait, quand, sans autre forme de procès, les flots d'une rivière avortée par le déluge rugissant de la mousson nous coupèrent la route.
D'instinct, "Kamikaze" s'y engagea.
Les eaux tumultueuses accueillirent l'engin, l'encerclèrent, l'enveloppèrent sans le moindre rejet. Encore quelques mètres et, aussi froides que tempétueuses, celles-ci flirtèrent avec le bas des portières.
La carcasse automobile progressait. Elle poursuivait son destin, se jouant du courant, encerclée des eaux boueuses, fière, presque maître d'une situation quelque peu cocasse. Soudain, "203 amphibie" hoqueta. Elle toussota une fois, deux fois, quand, prise d'une quinte irréversible, un dernier hoquet l'immobilisa.
Tranquillement, les eaux se déversèrent dans l'habitacle.
Là-bas, la berge nous attendait, rieuse.
Les eaux rugissaient ; espiègles.
Dans l'habitacle, le silence s'alliait à nos éclats de rire, nerveux. Les circonstances ! Ces terribles circonstances improvisaient une nouvelle fois avec une complicité sans égale. Allions-nous attendre la descente des eaux ? La sécheresse ? Une seule et unique solution s'imposait à notre situation : sortir notre beau carrosse de ce contexte pour le moins singulier. Même si cela nous imposait une baignade. Le tirer, le hisser, le haler jusqu'à cette berge résolument opposée à notre accueil.
Chacun s'y adonna.
Les muscles se bandaient. Les expirations haletaient. Deux, quatre, six, huit bras, quatre paires de pieds, l'équipage et les passagers unissaient leurs forces.
Associé au fond meuble de son lit, le cours d'eau combattait, absorbait les chevilles, glaçait les ventres.
Les tempéraments s'opposaient.
Enfin, de haute lutte, les roues mordillèrent la berge opposée. "203 indienne" se vida de son eau passagère clandestine.

*

« J'avais découvert, lors de mon dernier voyage au Népal, des gens ne vivant pas avec les mêmes contraintes que nous. Ces personnes étaient vraies, ne dissimulant rien et surtout, ne se cachant pas derrière le masque invisible mais redoutable de la vie sociale. J'avais rencontré des mortels avec qui il était terriblement facile d'avoir des relations sincères, même face à l'imposant blocage de la langue. J'avais envie de les retrouver, de me mêler à eux, de vivre, l'espace d'un instant, les "réalités" et les angoisses de ce peuple pas comme les autres.
Le Tibet m'attirait plus particulièrement. Malheureusement, celui-ci regroupe beaucoup plus de Chinois que de Tibétains. Alors, dans l'envie de retrouver ces derniers, c'est finalement l'Inde qui m'appela, et plus précisément le Ladakh. C'est aux confins du ciel, à la frontière du Tibet, sur les pentes escarpées de cette redoutable et impressionnante muraille de l'Himalaya, que vit ce peuple pour qui "spiritualité" n'est pas un vain mot. La seconde motivation qui nous persuada à faire nos bagages, fut l'appel de la montagne. Ces montagnes de rêve jouant avec la lumière. Ces montagnes où, quand le vent de fraîcheur souffle sur leur délicatesse, un chatoiement de couleurs émerveille l'âme la plus impure. Très spontanément, le petit groupe s'est formé. Je connaissais Julien... Julien connaissait Philippe qui rentrait de Guadeloupe lorsqu'il prit connaissance de notre projet : » OK s'est-il inquiété. Mais indiquez-moi tout de même ou il se trouve ce fabuleux Ladakh ! »
Joie des hauts sommets, liberté, overdose des grands espaces et des paysages...
"La-Dwags", traduisez : "Pays des cols", lié au Tibet par le commerce caravanier dont les étroits sentiers témoignent encore aujourd'hui de la grande époque de la route de la soie, le Ladakh assume tout à fait son nom de "Petit Tibet". C'est là, dans des paysages à vous couper le souffle, qu'une population tibétaine perpétue les influences et les traditions séculaires du Tibet. La fugue était totale. La passion fantasque. Le pouvoir malicieux. Je crois que c'est à cet instant que naquît le premier rire communautaire. Et cette complicité allait mûrir, pour s'épanouir au fil des jours. Notre groupe, composé de Julien, Philippe et moi-même partait pour Leh. Rendez-vous était pris avec Catherine et Thierry en la capitale du Ladakh, quinze jours plus tard. Ainsi regroupés, au jour et à l'heure dite, l'aventure tant espérée du trek en la province du Stok pourrait commencer... Mais les kilomètres sont longs et la route extravagante ! »

*

Après quelques heures agrémentées de mille trépidations, un événement inespéré nous combla de bonheur : elles étaient là. Là-bas assurément, au loin de l'horizon, certes, mais elles apparaissaient enfin ces montagnes de l'espérance. Comme les gosses deviennent insupportables devant une fête foraine, nous laissâmes exploser nos émotions enfantines. L'Himalaya pointait son nez ! Les doigts, les mains, les yeux, chacune des composantes de nous-mêmes extériorisait l'allégresse de cette symbolique apparition. Le mirage était là, vision exaltante perçant notre somnolence, et dévoilait dans la brume de l'horizon les mystères de l'espérance. Nos esprits s'embuaient à contempler, à comprendre, à saisir que là-bas, le rêve construit avec tant de passion prenait forme.
Captivé, ballotté, chacun se mit alors à rêver, laissant sa vie entre les mains de "Kamikaze à la 203 indienne ".
Elles étaient là, là-bas ! Et nous somnolions à cette Inde mystique dont nous n'avions qu'effleuré le vernis. Une démarche étrange qui, sans un ridicule "contretemps bagagier", se serait fondue dans l'ignorance de notre destin de touriste.

*

Assoupis dans la plaine nous nous réveillâmes mille et une courbatures plus tard au cœur des montagnes. Réveillés violemment. En sursaut ! Houspillés dans nos chairs. Crevée à l'arrière droit !
Heureusement, même sur une "203 tremblotante", une roue de secours existe.
Merci mon Dieu !
Le problème fut tout autre, lorsque dix kilomètres plus loin, quarante minutes plus tard, une seconde roue, l'arrière gauche cette fois-ci, céda à la torture du contact terrestre indélicat. La situation devenait critique. Extrêmement critique ! À en croire nos renseignements, à cet instant précis, nous nous situions à quelque deux cent vingt kilomètres de Manali. À la croisée de deux routes. À mille deux cents mètres d'altitude.
"Kamikaze" s'affairait aux abords du véhicule immobilisé comme un moustique prépare son agression. Le mauvais sort ! Ce ne pouvait être que lui le responsable des avatars s'acharnant sur notre équipage depuis le début du voyage. L'esprit du mal ! "Kamikaze" l'avait compris. Et il se devait de le neutraliser ; de l'exorciser !
Quand notre "serveur" ressortit de la "203 KO", il tenait entre ses mains un précieux récipient finement sculpté. Son œil était vif, son sourire radieux !
Il tenait sa réplique !
Exorciser !
Alors, religieusement, tel un prêtre se préparant à l'office, "Kamikaze à la 203 amputée" troqua sa qualité de chauffeur. Incantations, recueillements, prières et implorations, bougies, encens, hymne à la puissance des forces, appel à l'aide, au réconfort, à la protection, "Kamikaze" officiait avec générosité, donnait de sa personne, de son âme et de son cœur.
Exorciser !
Il semblait ne faire qu'un avec les restes mécaniques de la machine sur lesquels plusieurs bougies brûlaient de leur âme pure. L'homme communiait avec son Dieu. "Kamikaze" s'activait sous les sons mystiques et envoûtants de la cassette enregistrée par "Gourou" son maître à penser. Un rite singulier. Un culte extraordinaire, envoûtant et désenvoûtant. Une cérémonie hors du commun. Un exorcisme en temps réel s'imprimant sur les rétines de nos yeux ébahis. Un rite aussi invraisemblable que l'endroit où il se déroulait.
Allait-il réussir à conjurer la chose ?
Devait-on en rire ? Certainement pas !
En sourire ? Je vous en laisse juge !
Y croire ? La seule évidence, à nos yeux du moment, se résumait à un fait résolument concret : n'étions-nous pas en Inde ?

*

Comme la lumière du petit matin éclaire les restes calcinés d'un incendie, nous reprîmes contact avec la réalité quand "Kamikaze" chevaucha l'unique deux roues de passage pour disparaître derrière l'horizon. Muet, il s'éclipsait, délaissant sa qualité d'exorciste aussi soudainement qu'il l'avait empruntée. Troquant sa robe d'exorciste contre celle de dépanneur de l'impossible, décidé.
Lourdes, les fumées d'encens et de bougies mêlées monopolisaient l'aura de la "chose".
Avait-il conjuré le mauvais sort ?
Quand reviendrait-il ?
Serait-il à même de dénicher ce satané garage ?
Les interrogations allaient bon train. D'autant que l'espoir de rencontrer un garagiste digne de ce nom, même hypothétique, s'avérait illusoire !
Abandonnés sur la route de l'inexistant, nous nous préparions à l'attente. Au loin, de vilains et menaçants nuages noirs assombrissaient l'horizon. En bas-relief, deux constructions assemblant quelques planches, elles-mêmes soutenues par quatre poteaux enveloppés de toiles flottantes en guise de murs se détachaient sur le paysage aride. Deux édifices. Un refuge inattendu au milieu d'un nulle part. Un relais isolé comme nous allions le devenir, délaissés sur le vaste isoloir de cette campagne indienne. Le trouverait-il ce mirage que nous imaginions à l'image de ces bicoques nous proposant une hospitalité plus que précaire dans leur chaleureuse présence ?
L'attente et les nuages se lièrent.
Nous nous dirigeâmes vers ce qu'offrait le paysage.


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Paul Blanqué : auteur
Un esprit vagabond guide la plume de cet écrivain voyageur. L'Asie est sa terre de prédilection. La piste et la rue son milieu vital. Pas à pas, les rencontres s'associent à son besoin de découverte. Au fil des pages, la magie de cet autre monde s'installe. Suite >>>


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